Ah les contes de fées...quelle fille n'a pas un jour rêvé de rencontrer ce fameux Prince Charmant au sourire émail diamant censé arriver sur son beau cheval blanc ? Qui n'a pas dit : "un jour, je serai comme Cendrillon" en enfilant son déguisement de princesse - oui, vous savez, cette horrible robe rose ou bleue et sa jolie petite couronne argentée qui ne tenait jamais ? Qui n'a pas passé des heures devant les Disney à essayer de chanter "Un jour, mon prince viendra" ? Oui, on y croyait toutes. Bien des années après, inutile de vous dire qu'il a bien fallu se rendre à l'évidence et oublier le Prince Charmant et plutôt s'attendre à voir débarquer son horrible valet tout rabougri.
Mais comme toute rêveuse qui se respecte, je garde encore en mémoire ce conte de fées...LE conte de fées, celui dont on se dit qu'il n'est pas si irréaliste, qu'il n'est pas si niais alors que tout au fond, il n'est évidemment pas si différent des autres. Mon conte de fées à moi : La Belle et la Bête. Pourquoi celui-ci, me direz-vous ? Parce qu'en y réfléchissant, il n'est vraiment pas comme les autres. Bien sûr, l'héroïne est comme toujours merveilleusement belle et le prince charmant inévitablement beau. Et pourtant...dans combien de conte de fées voit-on une demoiselle férue de romans, ayant grandi dans un petit village français et ne recevant à aucun moment l'aide de la célèbre bonne fée marraine ? Une "princesse" qui refuse le machisme et l'arrogance du bellâtre du coin et lui préfère l'obscure et intrigante personnalité d'une bête presque repoussante ?
La morale est facile, me rétorquerez-vous : "il faut regarder au-delà des apparences". Et bien, au delà des apparences ce conte de fées est unique : né au XVIIe siècle et écrit par une femme (alors que la plupart des contes de fées ayant bercé notre enfance sont écrits par des hommes), il met en scène un personnage féminin encore inédit. Débrouillarde, cultivée et pleine d'humour, Belle est tout le contraire de la jolie princesse "blonde" et niaise qui ne jure que par les grands yeux bleus et le beau château du Prince. Je caricature, bien sûr. Mais Belle appartient à cette lignée d'héroïnes qui peuvent faire de l'ombre à ces héros toujours trop parfaits et trop réussis. Son mauvais caractère et ses répliques assassines envers la gent masculine (représentée par le ridicule Gaston) ont réussi à ma séduire. Mon côté féministe, peut-être. Mon regard de petite fille, sûrement.
En tout cas, je ne me lasse pas de voir et revoir ce conte. Juste histoire de ne pas oublier qu'un jour, moi aussi, j'ai espéré vivre mon conte de fées et que plus le temps passe, plus il est loin...